« L’Union pour la Méditerranée : Des Acquis aux Défis » Paris, le 31 mai 2008, à 9h, à la Sorbonne, amphithéâtre Richelieu Préambule
Dès son annonce par la France il y a près d’une année, le projet d’une Union Méditerranéenne a suscité des réactions contradictoires : scepticisme et inquiétudes chez les uns, euphorie et volontarisme chez d’autres. Et pour cause : la naissance d’un nouveau bloc géopolitique de cette ampleur n’est pas une action aisée, ni une entreprise dénuée d’arrières pensées stratégiques, politiques ou économiques, qui ne contribuent pas toujours à la convergence des intérêts des uns et des autres. Les enjeux sont multiples et majeurs, autant que les intérêts des Etats concernés peuvent être antagoniques ou complémentaires. Aujourd’hui, interrogations, suspicions et divergences d’intérêts semblent a priori transcendées. Signe révélateur de cette entente conjoncturelle ou de ce consensus sans doute précaire, le projet ne s’appelle plus Union Méditerranéenne mais Union pour la Méditerranée. Par-delà cette inflexion terminologique, que recèle cette nouvelle dénomination ? Un abandon de l’ambition française originelle ou un changement sémantique dans la continuité stratégique ? Une chose est certaine, le projet n’est plus exclusif mais inclusif : il ne concerne plus uniquement les pays riverains de la Méditerranée, mais l’ensemble des Etats membres de l’Union Européenne et de la rive Sud de la Méditerranée. L’Allemagne a réussi à modifier le projet initial, mais celui-ci est toujours en voie d’élaboration. L’Union pour la Méditerranée (UPM) est en marche, plus rien ne l’arrêtera, pensent les défenseurs de ce projet inédit et historique. Vraisemblablement, sa déclaration de naissance sera annoncée le 13 juillet prochain, lors du Sommet des chefs d’Etats à Paris. Mais il ne suffit pas de naître pour exister. Le plus difficile restera à faire, car le chemin est plein d’embuches. Bien des questions restent en suspens : va-t-on définitivement abandonner le « Processus de Barcelone », lancé en 1995, et son excroissance, « Dialogue 5+5 », initié en 2003 précisément pour relancer un « Partenariat euro-méditerranéen » agonisant faute de moyens et d’ambitions réelles ? Va t-on au contraire ne pas tenir compte de « l’échec du Processus de Barcelone », en choisissant de le réactiver moyennant quelques améliorations cosmétiques ? Les énormes investissements injectés dans les ex-pays de l’Est que l’UE vient d’accueillir en son sein, et d’autre part les investissements dans les pays du Sud, futurs membres de l’UPM, sont-ils conjointement possibles et compatibles ? L’UE, a-t-elle les moyens de cette double ambition ? Quels seront les projets prioritaires de l’UPM ? Quels vont être ses instruments institutionnels, son mode de gouvernance et ses moyens financiers ? Comment l’Union pour la Méditerranée va-t-elle surmonter son principal obstacle, à savoir tous ces conflits actuels ou potentiels : israélo-palestinien, syro-israélien, algéro-marocain sur la question du Sahara occidental, hispano-marocaine sur la question de Sebta et Mellila, hispano-britannique sur la question de Gibraltar, turco-grec sur la réunification de Chypre, libano-libanaise… ? La partie orientale de la Méditerranée, n’est-elle pas un « Arc de crises », une zone séismique par excellence ? Et les Etats-Unis d’Amérique dans tout cela ? L’UPM est-elle une alternative au Grand Moyen Orient dont on connaît le fiasco ? Afin que l’UPM soit un projet d’avenir, pour que ce projet encore embryonnaire soit un espace humain commun, pour qu’il infléchisse la marche d’un monde de plus en plus menacé par les conflits régionaux et par le terrorisme, pour qu’il devienne un instrument de développement durable respectueux de l’environnement, un outil de pacification et de concorde, il faut qu’il soit un projet de Civilisation. Bien plus que l’émergence d’une nouvelle zone d’échange économique ou d’un nouveau bloc géopolitique, c’est la naissance, ou plutôt renaissance d’une Civilisation Méditerranéenne, qu’il faut envisager. C’est que la Mare Nostrum a été un carrefour des civilisations et le berceau des trois grandes religions monothéistes. Cette « machine à civilisations » comme la nommait Paul Valéry peut redevenir un grand bassin d’échange interculturel et interreligieux ; la source d’une Civilisation résolument humaniste. Mais cette Civilisation ne peut pas voir le jour sans trois conditions primordiales. Primo, la fin du conflit israélo-arabe, avec la constitution d’un Etat palestinien conformément aux résolutions onusiennes. Secundo, l’élaboration graduelle d’une authentique identité méditerranéenne, constructible à partir d’un changement radical des mentalités. Tertio, l’élévation de la démocratie et des droits de l’homme en valeurs absolues et intransgressibles. L’Union doit pouvoir se réaliser sur la base d’un même repère identitaire et d’un même sentiment d’appartenance à une histoire distincte, mais partagée, et à un avenir commun. C’est l’éminent Fernand Braudel qui écrivait, « Avoir été, c’est une condition pour être ». L’Union pour la Méditerranée sera un projet de civilisation ou ne sera pas. La civilisation méditerranéenne sera universelle ou ne sera pas. C’est à cela que Daedalos, en collaboration avec la communauté chypriote de France, entend contribuer intellectuellement avec son premier colloque à Paris, le 31 mai 2008. Pour plus d'informations veuillez contacter M.Mezri Haddad aux 0033(0)1-34851772 ou 0033(0)6-14104797
PROGRAMME
Pour la journée du Samedi 31 mai, à la Sorbonne, amphithéâtre Richelieu (Entrée par le 17, rue de la Sorbonne 75005 Paris) OUVERTURE 9h – Accueil des conférenciers et des invités d’honneur 9h30 – Allocution d’ouverture du colloque, prononcée par Anna Papasavva, représentante de Daedalos Institute of Geopolitics 9h45 – Courtes interventions des invités d’honneur, notamment les Ambassadeurs des pays des deux rives de la Méditerranée,
- S.E. M. Nassif Hitti, Ambassadeur de la Ligue des Etats Arabes en France - S.E. Mme Vicki Ann Cremona, Ambassadeur de Malte en France - S.E. M. Périclès Nearchou, Ambassadeur de Chypre en France - S.E. M. Nasser Kamel, Ambassadeur d’Egypte en France - S.E. M. Antonio Monteiro, Ambassadeur du Portugal en France 10h30 – Discours d’introduction générale, prononcé par Mezri Haddad, membre du Conseil d’administration de Daedalos PREMIÈRE SÉANCE
Civilisation, culture et identité communes méditerranéennes 10h45 – Jacques Huntzinger : « L’Union pour la Méditerranée est bel et bien un projet de civilisation » 11h05 – Chedli Klibi : « La Méditerranée, point de rencontre entre le monde arabe et le monde occidental » 11h25 – Jean-François Mattéi : « L’unité de culture de la Méditerranée » 11h45 – François-Georges Dreyfus : « Unité et diversité dans le monde méditerranéen »
12h05 – Mhamed Hassine Fantar : « L’Union pour la Méditerranée : quel support civilisationnel ? » 12h25 – Débat avec le public 13h – Fin de la première séance. Pause Déjeuner DEUXIÈME SÉANCE Enjeux géopolitiques en Méditerranée 14h30 – Alain Le Roy : « L’état actuel du projet d’Union pour la Méditerranée » 14h50 – Sfeir Antoine : « Le Grand Moyen Orient et l’Union pour la Méditerranée : rivalités entre Europe et Etats-Unis » 15h10 – Gérard Claude : « L’Union pour la Méditerranée : la nécessité d’une ambition et les enjeux d’un projet » 15h30 – Basbous Antoine: « Avenir de l’intégrisme religieux en Méditerranée » 15h50 – Débat avec le public 16h10 – Fin de la seconde séance. Pause café TROISIÈME SÉANCE Interrogations politiques, économiques et juridiques 16h30 – Sid Ahmed Ghozali : « L’avenir euro-méditerranéen : au-delà des mots » 16h50 – Moubarak Mohammed Zidan : « Un équilibre Nord/Sud, pour une union méditerranéenne efficiente » 17h10 – Hassan Abouyoub : « L’élargissement de l’Europe vers l’Est et son ouverture au Sud, sont-ils antinomiques ou complémentaires ? » 17h30 – Fatiha Talahite : « Le processus de Barcelone ou les leçons d’une expérience controversée » 17h50 – Jean-Paul Charnay : « Codification et rationalisation des lois en terre d’islam : une mise à niveau euro-méditerranéenne est-elle possible ? » 18h10 – Débat avec le public 18h 30 – Conclusions et Clôture LES INTERVENANTS
Abouyoub Hassan Architecte de la politique commerciale marocaine, membre du comité consultatif de la Banque mondiale pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, ancien ministre marocain. Actuellement ambassadeur plénipotentiaire du Maroc. Basbous Antoine Politologue franco-libanais, fondateur et directeur de l’Observatoire des Pays Arabes (OPA), spécialiste du terrorisme islamiste. A publié plusieurs ouvrages sur la question. Charnay Jean-Paul Directeur de recherche au CNRS, fondateur à la Sorbonne du Centre d’études et de recherches sur les stratégies et les conflits, président du Centre de philosophie de la stratégie. Plusieurs ouvrages d’anthropologie, de droit et de sociologie publiés sur le monde musulman. Claude Gérard Agrégé d’histoire, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et spécialiste de la géopolitique de la Méditerranée. Auteurs de plusieurs études académiques sur la question. Dreyfus François-Georges Agrégé d’histoire, ex directeur de l’IEP de Strasbourg, professeur émérite à la Sorbonne et auteur de plusieurs ouvrages d’histoire moderne et contemporaine. Fantar Mhamed Hassine Historien et archéologue, directeur du Centre d’études phéniciennes, puniques et des antiquités libyques à Tunis, titulaire de la Chaire « Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions ». Auteur de plusieurs livres. Ghozali Sid Ahmed Diplômé de l’Ecole nationales des Ponts et Chaussées de Paris, ancien président de la SONATRACH, plusieurs fois ministre, puis premier ministre d’Algérie. Huntzinger Jacques Agrégé de droit, diplomate, Ambassadeur de France, en charge de l’atelier culturel méditerranéen. Klibi Chedli Ancien ministre tunisien de la Culture et ancien Secrétaire général de la Ligue des Etats Arabes (1979-1990), actuellement Sénateur tunisien. Le Roy Alain Agrégé d’économie et de gestion, ancien magistrat à la Cour des comptes, Ambassadeur de France, chargé par le président Sarkozy du projet d’Union pour la Méditerranée. Mattéi Jean-François Agrégé de philosophie, ex conseiller spécial du ministre de l’Education nationale, membre de l’Institut Universitaire de France, professeur à l’université de Nice-Sophia Antipolis et à l’IEP d’Aix-en-Provence. Auteur de plusieurs essais de philosophie politique. Sfeir Antoine Fondateur et directeur des Cahiers de l’Orient, membre du Groupe de recherches sur l’Union méditerranéenne (GRUM). Talahite Fatiha Docteur en économie, chargée de recherche au CNRS et au Centre d’économie de Paris Nord (CEPN), laboratoire du CNRS et de Paris XIII, université où elle dirige un séminaire sur l’intégration économique en Méditerranée. Zidan Moubarak-Mohammed Docteur en sciences politiques de la Sorbonne, directeur au ministère des Affaires Etrangères Libyennes, chargé du département Europe.
|